Ces dernières années, la région Sud-Est, et plus particulièrement la ville de Marseille, connait les effets délétères d’une organisation importante du narcotrafic à travers notamment les réseaux sociaux, le recrutement d’une main d’œuvre malléable et exploitable de mineurs venant de territoires éloignés. Celle-ci fait face à des affrontements violents entre bandes rivales qui se livrent une guerre pour la conquête de territoires et de marchés sur fond de narcobanditisme. Ces affrontements ont entraîné pour l'année 2023, 49 morts (avec la création du néologisme « narcohomicide ») et plus d'une centaine de blessés rien que pour la Cité Phocéenne. Ce phénomène s’est déplacé sur de nombreux territoires : Valence, Arles, Grenoble, Limoges, Rennes, Poitiers, Dijon, Nice avec le décès de 7 mineurs suivis par les services de la PJJ depuis 2023. Instrumentalisés par les membres du réseau, les mineurs sont recrutés en échange d’un important gain financier pour commettre des crimes graves et/ou menacer les rivaux faisant parfois des victimes collatérales.
Les points de vente de stupéfiants sur la région Sud-Est sont très nombreux et toute une économie "parallèle" s'est mise en place. Dans ce système, des adolescents parfois très jeunes sont recrutés comme "guetteurs" ou revendeurs. Attirés par une rémunération prometteuse, ces jeunes rejoignent ainsi les réseaux mafieux sans mesurer les dangers encourus. S'il est facile d'entrer dans le réseau, il est plus difficile d'en sortir. Les filières sont structurées, s’affichent sur les réseaux sociaux et attirent des jeunes y compris d'autres régions. Ces « jobbeurs » venus d’ailleurs sont alors totalement pris en charge, "logés et nourris", et contraints de travailler. Les conséquences pour ces adolescents sont nombreuses : déscolarisation, mises en danger, risques judiciaires et risques sur la santé physique et mentale des mineurs : consommation poussée de stupéfiants, stress, peur, anxiété, impacts sur le sommeil, alimentation, hygiène de vie, sentiment de bien-être etc.
Chez les travailleurs sociaux, l’ampleur du phénomène et sa violence génèrent des sentiments de sidération et d’impuissance, voire d’insécurité dans l’exercice de leurs missions. Certains en viennent à questionner le sens de leur métier.
Dans ce contexte, comment aider les équipes à exercer dans des environnements brutaux qui les mettent à l’épreuve ?
Comment amener les professionnels à construire des positionnements plus aidants, mieux évaluer l’implication des mineurs dans le narcotrafic pour tous les dispositifs de prise en charge (milieu ouvert, détention, placement, insertion, mission éducative auprès du tribunal), mutualiser des pratiques et développer des partenariats afin de proposer à ces jeunes des alternatives à l’économie de la rue et de construire des facteurs de protection ?
Acquérir des connaissances communes sur le fonctionnement des réseaux, les enjeux et l’impact de cette économie criminelle au sein des quartiers
Comprendre les motifs d’engagement qui poussent les adolescents à s’investir dans les réseaux de trafic de drogues
Identifier les raisons et conditions qui les incitent à s’y maintenir Repérer les processus de désistance qui les amènent à en sortir
Analyser le sentiment d’impuissance que peuvent ressentir les professionnels face à ces jeunes : les réoutiller pour intervenir
Etat des lieux du narcotrafic marseillais et du fonctionnement des réseaux
Les motifs d’engagement des adolescents dans le trafic et les processus de désistance,
Les enjeux judiciaires et éducatifs de l’accompagnement
Le traumatisme vicariant chez les professionnels
Apports théoriques et éclairages cliniques
Témoignages
Echanges sur les pratiques professionnelles